Soeur

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« Elle veut forcer l’indifférence générale, fasciner le monde ou le révulser. Barbouiller le ciel de sa douleur obscène, éclabousser l’horizon de ses jeunes viscères, exhiber son âme si dégueulassement écorchée et mélancoliquement inadéquate, achalander ses salopes souffrances  sur un étal de boucherie à faire pâlir un équarrisseur, un étal ignoble et somptueux. »

Wow. Parfois, je me dis qu’une chronique pourrait bien tenir en trois lettres. Wow. Parce que le premier roman d’Abel Quentin, tu le reçois dans tes tripes en même temps que dans ta tête. Parce que le bonhomme, avocat dans son autre vie, maitrise parfaitement son sujet – la radicalisation d’une gamine paumée dans une existence qu’elle déteste (banlieue dortoir, parents à côté de la plaque, beau gosse du collège inaccessible). Qui trouve finalement un sens à sa vie quand on lui propose d’y mettre un terme dans le sang et l’horreur, à grand coups de promesses de paradis perdu et de haine retrouvée.

Et puis il y a aussi ce Président de la République sur le retour, piétiné par le jeune loup qu’il a lui-même lancé il y a quelques années (toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé…). Et puis il y a Harry Potter et l’illusion de l’adolescence, il y a le monde qui continue de tourner mais qui n’y comprend rien, et puis la colère, et puis, et puis. Casse-gueule ? Sans aucun doute.

Et pourtant. Pourtant Soeur sonne affreusement juste. Chronique d’une violence ordinaire. D’un désastre annoncé. Récit parfaitement ancré dans la réalité, résolument moderne, violent jusqu’à l’écoeurement, éclaboussant son monde comme un pavé dans une mare de sang. Notamment parce qu’au-delà de son sujet, Soeur brille par un style rare, affûté comme le scalpel d’un chirurgien… Car Abel Quentin mêle les langues et les langages, familiers, soutenus, oubliés même parfois, ce qui finalement, procure une force encore plus folle à un récit déjà assurément marquant. La phrase est banale mais appropriée : un écrivain est né.


UN MOT SUR L’AUTEUR / Abel Quentin

© Audrey Dufer

Abel Quentin est avocat.
Soeur est son premier roman.


RÉSUMÉ DE SOEUR

Adolescente revêche et introvertie, Jenny Marchand traîne son ennui entre les allées blafardes de l’hypermarché de Sucy-en-Loire, sur les trottoirs fleuris des lotissements proprets, jusqu’aux couloirs du lycée Henri-Matisse. Dans le huis-clos du pavillon familial, entre les quatre murs de sa chambre saturés de posters d’Harry Potter, la vie se consume en silence et l’horizon ressemble à une impasse.
La fielleuse Chafia, elle, se rêve martyre et s’apprête à semer le chaos dans les rues de la capitale, tandis qu’à l’Élysée, le président Saint-Maxens vit ses dernières semaines au pouvoir, figure honnie d’un système politique épuisé.
Lorsque la haine de soi nourrit la haine des autres, les plus chétives existences peuvent déchaîner une violence insoupçonnée.


INFOS COMPLÉMENTAIRES

Paru le 28 août 2019
256 pages
Editions de l’Observatoire

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