Agathe Ruga, une nouvelle vie

Article paru dans Zut #23 / Par Aurélie Vautrin – Photo Arno Paul

Agathe Ruga vient de réaliser le rêve secret de la gamine qu’elle n’est plus : publier un roman, Sous le soleil de mes cheveux blonds, chez Arpège, la nouvelle collection Stock. Avant ça, elle était dentiste. Et blogueuse (re)connue sous le pseudo d’@agathe.the.book. Organisatrice du Grand Prix des blogueurs littéraires. Et maman de deux-bientôt-trois filles, et amie et fille et épouse et femme aussi.

Aujourd’hui, elle est (en plus) l’auteure d’une formidable histoire sur l’amitié, l’amour, la trahison, la beauté. Un bouquin qu’elle a sorti de son ventre comme on sort un enfant, dans les cris et la douleur et le soulagement, un livre-testament, journal intime meurtri d’un passé révolu… Portrait d’une nouvelle plume à suivre de près.

Portrait de l'auteure et blogueuse Agathe Ruga © Arno Paul
Agathe Ruga. Photo : Arno Paul

Tu étais blogueuse littéraire, te voilà auteure… Ça y est, tu es passée de l’autre côté ? 
Oui ! C’est tellement d’émotions contraires ! Je suis tellement terre à terre qu’en ce moment, je me dis surtout “vite, il faut que je commence le deuxième” alors que le premier est à peine sorti… Au quotidien, ça ne change rien, en revanche, tu continues à donner le bain à ta petite, faire à bouffer… La vie, quoi.

À quel moment tu as vraiment pris conscience de ce statut ? 
Quand je suis arrivée chez Stock pour signer mes services presse. J’ai vu toutes les piles – c’était la première fois que je touchais physiquement le livre. On m’a tendu un stylo, en me disant : “Alors celui-là c’est pour Leïla Slimani…” Euh ? Mélange de panique et d’excitation extrême… Je me suis dis : “Bon bah ma cocotte, qu’est-ce que tu mets : pour, à… ?” Je n’avais pas réfléchi à tout ça.

Et tu t’y sens bien, de l’autre côté ? 
Oui carrément. Mais je vais continuer à être Agathe the book, parce que je ne peux pas me passer des plumes des autres, et les mettre en lumière, c’est une manière de parler de soi en se protégeant un peu… Et puis quand en dédicace on me dit : “Votre blog m’a redonné envie de lire”, c’est précieux. L’inspiration littéraire peut s’arrêter, mais ce pouvoir, je veux le garder. D’ailleurs je ne serais pas arrivée là sans le blog, puisque c’est en lisant une de mes chroniques que Caroline Laurent, mon éditrice, m’a contactée, en me disant qu’elle aimerait me publier un jour. J’avais déjà mon manuscrit qui attendait chez moi. Le rêve éveillé !

« Pour moi, la vie ne sert à rien, sauf à écrire. »

Cela faisait longtemps que tu travaillais sur ce livre ? 
L’idée est venue durant ma précédente grossesse, début 2017. En six mois, j’ai écrit frénétiquement tout ce que j’avais en tête – je rêve de retrouver cette sensation. Avec le recul, je sais que je ne l’aurais jamais écrit comme ça si j’avais su qu’il allait être lu. C’était presque de la purge… C’est toute l’ambivalence des premiers romans, la spontanéité, l’urgence. Ton double littéraire qui végète des phrases, mélange des sujets… Très récemment, j’ai encore compris des choses de mon roman dont je n’avais pas pleinement conscience, sur la maternité, les relations mère-fille, le transfert que l’on fait d’une personne à l’autre. C’est un livre complètement psychanalytique, qui part de la réalité pour s’envoler dans la fiction. “Les rêves des femmes enceintes peuvent changer le monde”, c’est une copine qui me l’a sorti. À l’époque, je n’arrêtais pas de rêver à mon amie disparue. Je me suis dit que je tenais ma première phrase…

Ta manière d’écrire touche à l’intime. Comment réussir à se détacher de l’impact sur la réalité ? 
Alors ça… J’étais partie du postulat que la liberté de l’écrivain apportait quelque chose d’universel. Encore une fois, parce que je n’avais pas la prétention d’être publiée un jour. Aujourd’hui, cela me demande une grande dose détachement. On me dit : “Mais tu as pensé à Machine, la grande tante de ta cousine au second degré qui a un robot mixeur, quand tu parles de ça dans ton livre ?” Non non, je n’ai pas pensé à elle, le robot mixeur c’était juste un symbole contemporain pour raconter une caste. C’est hyper triste ce que je vais dire, mais j’écris pour combattre une sensation de vide. Pour moi, la vie ne sert à rien, sauf à écrire. À présent, il faut que je me focalise sur l’oeuvre globale et faire le deuil de l’envie de faire plaisir à mes proches.

Écrire pour t’émanciper ? 
Oui. Rétablir par la littérature ma vision de la vie. J’ai toujours suivi les règles, fait ce que l’on attendait de moi, les études de médecine, le diplôme de dentiste. Mais je rêvais d’écrire. Les sous-entendus :“Aaaaah Agathe, notre écrivain, notre artiste”, je ne les assumais pas. Maintenant si.

Du coup, tu mets quoi sur ta carte de visite, « auteure » ? 
Oh non, non, je ne me sens pas auteure au bout d’un roman… J’ai eu le cas récemment pour une inscription à la crèche. À côté de « profession », j’ai mis « écrivain » – il fallait bien écrire quelque chose pour avoir des points. En temps normal, je dis un truc à rallonge du genre : “J’étais dentiste, je me reconvertis dans la littérature, je chronique des livres.” Ça ne tiendra jamais sur la carte, ça.


– Sous le soleil de mes cheveux blonds, Agathe Ruga, éd. Stock

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