CHRONIQUE / Est-ce ainsi que les hommes jugent ?

Quelques mois après sa victoire par KO sur mon petit coeur fragile avec Un fils parfait, Mathieu Menegaux récidive pour Est-ce ainsi que les hommes jugent ? fraichement sorti chez @editionsgrasset.

Après le viol dans son premier livre, l’inceste dans le second, l’écrivain s’attaque à l’injustice et la présomption d’innocence – ou comment une vie peut basculer pour une Megane blanche cabossée et une veste en jean. Quand un monsieur-tout-le-monde, toi, moi, lui, devient le coupable parfait, désigné-certifié par la police, la victime, les médias, le monde entier.

estceainsiqueleshommesjugentPourtant, d’entrée de jeu, Mathieu Menegaux nous le dit : Gustavo est innocent. C’est un autre qui a tenté d’enlever cette gamine puis tuer son père sur le parking du supermarché. Les pages défilent, les heures s’égrènent, les preuves s’accumulent. Et le doute s’installe. Si, finalement, c’était lui ? L’idée, noire, malsaine, prend de plus en plus de place. La petite orpheline a besoin d’un coupable pour continuer à vivre – le flic aussi, cadenassé par une promesse qu’un gars rodé à l’horreur comme lui ne devrait jamais faire. Gustavo lui-même, sonné comme un gamin sur un champ de bataille, commence à le croire. Tout le monde le dit, alors c’est lui. Point barre. La machine judiciaire s’emporte, s’affole, détruit tout, pour l’homme gardé à vue, mais aussi pour sa femme et ses enfants, à l’heure blackmirorienne de la toute puissance des réseaux sociaux. On en vient à espérer qu’il soit coupable, pour ne pas voir à imaginer « l’après » s’il est innocent. Comment reprendre le cours de son existence quand la justice médiatique et populaire vous a cru capable de l’horreur ?

De son écriture âpre et sans détour, Mathieu Menegaux décortique chaque mécanisme de l’engrenage qui emprisonne son héros. Il le bouscule, il nous bouscule, il prend des gants mais des gants de boxe et une fois encore, la lecture se fait en apnée, le coeur serré, le lire vite pour enfin pouvoir retirer cet arrière-goût amer au fond de la gorge.

Et si, de manière tout à fait personnelle, j’ai préféré Un fils parfait, Est-ce ainsi que les hommes jugent ? confirme, s’il le fallait encore, le talent d’un grand écrivain.

Est-ce ainsi que les hommes jugent ?, de Mathieu Menegaux
Editions Grasset

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