CHRONIQUE / La petite fille sur la banquise

L’écriture comme une revanche. Une renaissance. Pour occuper ses mains, sa tête, ses tripes. Ecrire les mots sales, hurler sa vie à l’agonie, témoigner pour elle, pour les autres, toutes les autres, celles qui se taisent, celles qui ont peur, celles qui endossent chaque jour leur sourire en acier blindé pour faire semblant de vivre. Pour les autres enfants, les autres parents.
lapetitefillesurlabanquiseA neuf ans, Adélaïde Bon s’est faite violée par un pédocriminel sexuel dans la cage d’escalier de son immeuble cossu du 16e. Triste fait divers comme il en arrive tant. Comme il en arrive trop. Dont on sous-estime l’impact effroyable, encore aujourd’hui, sur chaque seconde de « l’après » dans la tête et le corps et l’esprit d’un enfant. Quelques minutes pour stopper le reste, ôter toute substance heureuse, tout sentiment de bonheur, et ne laisser que la haine de soi, le dégout, l’horreur, le rejet, la honte. Et l’amnésie aussi. Car face à l’abject, le cerveau de l’enfant se bloque pour ne pas basculer dans le vide. Mais le monstre est enfoui là, quelque part, il surgit quand bon lui semble pour gangréner une existence transparente. Jusqu’au jour où, pour Adélaïde, les souvenirs ressurgissent. La prise de conscience, puis le combat pour la justice.

La petite fille sur la banquise, c’est le récit d’une mort, puis celui de la lutte pour une renaissance. L’écriture est viscérale, clairvoyante, déterminée. Le ton, lui, extraordinairement juste. Le récit, d’une force incroyable. Pas de pathos ni de trémolos. Juste les faits et un monstre que l’on regarde dans les yeux, pour elle, pour la gamine, pour l’adulte, pour tous.tes les autres.

Un livre comme une main tendue.

En ce qui me concerne… Un impact sans égal et un immense coup au coeur, d’une puissance incomparable.

« Les agresseurs sont des lâches. Je ne comprends pas notre fascination pour les coupables. Plutôt que d’écrire des romans, des séries, des émissions à sensation sur le parcours des criminels, plutôt que d’en faire des monstres pour nous rassurer de notre propre humanité, on devrait élever des statues à chaque pas de porte, écrire des biographies, des scénarios, faire des cortèges, des chansons, des fêtes, des jours fériés pour célébrer le courage de centaines de millions de victimes que personne n’a jamais écoutées et qui chaque soir parviennent encore vivantes au terme de leur journée, abandonnées, abattues et si terriblement seules. »

La petite fille sur la banquise, de Adélaïde Bon.
Editions Grasset.

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