CHRONIQUE / Le Chant des revenants

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« Leonie, elle tue les choses. »

Dans Le Chant des revenants, les voix se mêlent. Celles d’aujourd’hui, celles d’hier. Vivantes mais presque mortes – ou l’inverse, parfois. Fantômes du présent. Fantômes du passé. Racisme ordinaire d’un pays où la ségrégation n’est pas qu’un mot difficile à prononcer. Désamour ordinaire d’une mère qui n’en mérite pas le nom.

Un road-trip glaçant aux confins du Mississippi, où le noir de la peau des uns rappelle la couleur de l’âme des autres, où les morts restent cachés chez les vivants, où l’instinct maternel n’est que foutaise, où la maladie ronge les corps et la dope les existences, où les silences prennent toute la place et les souvenirs aussi.

Le Chant des revenants, de Jesmyn Ward. Paru chez Belfond.

Léonie, ses deux gamins à l’arrière de la bagnole, va chercher son homme le jour de sa sortie de prison. Elle est noire, il est blanc, leur amour est chargé de sang, de violence et de poudre blanche. Leur vie à deux, c’est la seule chose qui compte, avec les petits sachets plastiques cachés jusque dans leurs tripes. A 13 ans, leur fiston, Jojo, a perdu l’innocence de l’enfant qu’il n’est plus depuis longtemps. Chargé de colère envers sa mère, plein d’amour pour sa petite soeur, il est le remplaçant irremplaçable de parents absents. Et puis il y a Richie, fantôme d’un gamin d’un autre temps, coincé entre deux mondes, qui embarque avec eux le temps d’un trajet, vers le grand-père et sa vérité.

Trois âmes écorchées vives, qui prennent la parole à tour de rôle dans un roman sans faille, à la beauté âpre, cruelle – singulière. Un livre à la frontière du mal, de la haine, et de l’espoir, aussi, quand même – quelques lueurs glissées entre les lignes, dans les gestes et les regrets, et qui virevolte en équilibre sur un fil distendu.

« Il a su voir au delà de ma peau café sans lait, de mes yeux noirs, de mes lèvres prune, il m’a vue moi. Il a vu que j’étais une blessure ambulante, et il est venu me panser. » 


UN MOT SUR L’AUTEUR  /Jesmyn Ward

©Beowulf Sheehan

Jesmyn Ward est née en 1977 à DeLisle, dans l’État du Mississippi. Issue d’une famille nombreuse, elle est la première à bénéficier d’une bourse pour l’université. Son premier roman, Ligne de fracture (Belfond, 2014 ; 10/18, 2019), a été salué par la critique. Mais c’est avec Bois Sauvage (Belfond, 2012 ; 10/18, 2019) qu’elle va connaître une renommée internationale, en remportant le National Book Award.  Son mémoire, Les Moissons funèbres (éditions Globe, 2016 ; 10/18, 2019), s’est vu récompensé du MacArthur Genius Grant. Avec Le Chant des revenants, sélectionné parmi les dix meilleurs romans de l’année 2017 par le New York Times, Jesmyn Ward devient la première femme deux fois lauréate du National Book Award. Elle vit dans le Mississippi, avec son époux et leurs deux enfants.


LE RÉSUMÉ DU CHANT DES REVENANTS

Seule femme à avoir reçu deux fois le National Book Award, Jesmyn Ward nous livre un roman puissant, hanté, d’une déchirante beauté, un road trip à travers un Sud dévasté, un chant à trois voix pour raconter l’Amérique noire, en butte au racisme le plus primaire, aux injustices, à la misère, mais aussi l’amour inconditionnel, la tendresse et la force puisée dans les racines.

Jojo n’a que treize ans mais c’est déjà l’homme de la maison. Son grand-père lui a tout appris : nourrir les animaux de la ferme, s’occuper de sa grand-mère malade, écouter les histoires, veiller sur sa petite sœur Kayla.

De son autre famille, Jojo ne sait pas grand-chose. Ces blancs n’ont jamais accepté que leur fils fasse des enfants à une noire. Quant à son père, Michael, Jojo le connaît peu, d’autant qu’il purge une peine au pénitencier d’État.

Et puis il y a Leonie, sa mère. Qui n’avait que dix-sept ans quand elle est tombée enceinte de lui. Qui aimerait être une meilleure mère mais qui cherche l’apaisement dans le crack, peut-être pour retrouver son frère, tué alors qu’il n’était qu’adolescent.

Leonie qui vient d’apprendre que Michael va sortir de prison et qui décide d’embarquer les enfants en voiture pour un voyage plein de dangers, de fantômes mais aussi de promesses…  


INFOS COMPLÉMENTAIRES

Date de parution : 07/02/2019
Nombre de pages : 272
Editions Belfond

Titre original : Sing, unburied, sing


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