CHRONIQUE / Le Lambeau

« Je me suis adressé à eux, un par un puis tous ensemble, comme s’ils étaient vivants ou comme si moi je ne l’étais plus. Je leur parlais de ce que nous avions vécu, je leur demandais ce qu’ils vivaient, je leur expliquais où je me trouvais. Je n’avais pas de chagrin : j’étais le chagrin. »

Comment ne pas être bouleversé par les mots de Philippe Lançon. Survivant d’une barbarie moderne, qui a vu la Mort en forme de jambes noires, les amis étendus sur le sol, les cris, le sang, qui a vécu l’horreur avant de retrouver le monde extérieur. Journaliste, écrivain, Philippe Lançon était présent ce jour de janvier, à Charlie Hebdo. Et ce Lambeau, c’est le récit d’une résilience. La lente reconstruction physique, l’impossible reconstruction mentale. Le texte commence avant l’attentat, se conclue sur « ce hoquet sanglant de l’Histoire » ce soir de novembre au Bataclan.

Le LambeauEntre temps, Philippe Lançon décortique son histoire, l’écho de la petite dans la grande, et inversement… L’écriture comme un besoin frénétique, une obligation quasi-viscérale – décrire le quotidien mot après mot, balles après balles, opérations après opérations, souvenirs après souvenirs, avec un soin du détail quasi-clinique même si retranscrit de manière poétique. Et quand sa mémoire défaille, l’écrit des autres prend le relais, sous forme de lettres, d’email, d’articles. Il parle de lui, de sa vie, de Charlie, de livres, de voyages, d’envies. En résulte plus de 500 pages pour en tourner une seule – qui ne le sera d’ailleurs sans doute jamais vraiment.

Alors, oui, évidemment, Le Lambeau est bouleversant. Puissant. Remarquablement bien écrit. La blessure est récente, les mots rouvrent la plaie. Je noterai cependant quelques longueurs passé la moitié du bouquin, avec de nombreuses digressions littéraires et amoureuses, quelques répétitions aussi, qui ont, en ce qui me concerne, atténué un peu l’émotion. Mais au final, l’effet n’est-il pas volontaire, afin de permettre au lecteur, comme à l’auteur, de pouvoir continuer à vivre, malgré tout… ? Se raccrocher aux détails pour ne plus tomber.

Le Lambeau, de Philippe Lançon
Gallimard.

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