CHRONIQUE / Le musée des avenirs possibles

Pour son tout premier roman, Josephine Rowe dresse le portrait glaçant d’une famille cabossée, perdue au milieu de l’Australie, au début des années 90.

Le père, le cerveau brûlé par les horreurs qu’il a vécu au Vietnam. La mère, défigurée par les coups, qui se défoule sur sa grande fille pour oublier qu’elle rêvait d’une autre vie. La grande justement, qui enchaîne les mecs autant que les pilules ; la plus jeune, paumée dans ce marasme qui la dépasse, et puis l’oncle fêlé, qui s’est taillé net les deux index pour échapper à l’armée.

lemuseedesavenirspossiblesAlors quand leur chien meurt, dévoré par une bête sauvage, le fil ténu qui permettait un semblant d’équilibre s’effiloche un peu plus. Les destins s’entrecroisent, se choquent, se cognent, la fuite ou l’abandon, le mensonge, la colère, l’envie. Comme si rien ne les attachait à la vie, et surtout pas les autres, encore moins l’amour, la joie, le partage. Là-bas, à l’autre bout du monde, tout est en noir et blanc. Et rouge, aussi.

Vous l’aurez compris, ce Musée des avenirs possibles fait dans le gilet pare-balles plutôt que dans la dentelle. Les mots sont comme des couperets, les silences ont l’odeur du souffre.

« Elle se demanda depuis quand sa vie avait pris la forme du manque. Depuis quand se définissait-elle par ces choses qui ne s’y trouvaient plus ? »

Mais c’est également par sa forme que Le Musée des avenirs possibles étonne : bourré d’argot australien – parfois étrangement traduit – chaque chapitre offre le point de vue d’un protagoniste, mélangeant alors les styles, l’appréhension du sujet, l’angle de la parole rapportée. Les maux sifflent, les phrases sont courtes, incisives, tranchantes comme des scalpels.

Un récit intelligent, dont les clés sont disséminées ici et là – c’est au lecteur de combler l’absence et les vides et le manque aussi. Et l’exercice, noir charbon, est, avouons-le, relativement plaisant.

Le musée des avenirs possibles, de Josephine Rowe
Editions Actes Sud.

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