CHRONIQUE / L’Empreinte

Bon, je ne vais pas y aller par quatre chemins. Vous savez comment je réagis lorsque je suis fascinée par un livre… Je manque de mots pour en parler. Lesquels pourrais-je bien utiliser pour égaler la puissance de ceux d’Alexandria Marzano-Lesnevich ? Comment évoquer la profondeur absolue de son histoire ? Sa maitrise totale de l’écriture en tant que transmission d’émotions ? En toute honnêteté, je ne sais pas. Peut-être parce que L’Empreinte ne se raconte pas. Parce qu’il se vit. Véritablement. Intensément. Une éruption volcanique qui brûle le coeur, page après page. Horreur après horreur.

« Il n’y a aucun moyen d’échapper aux souvenirs, pas quand ils viennent de l’intérieur. » 


Cet essai m’a subjuguée.
Littéralement.

A dire vrai, je n’arrive pas à me souvenir à quand remonte ma lecture d’un livre de cette trempe. De par son histoire, évidemment. Le chemin parcouru par cette femme. Son enquête au millimètre, son introspection au scalpel. Ses valeurs, son éthique, ses remises en question, perpétuelles, pour avancer, enfin, quoi qu’il en coûte. Mais aussi par son esthétique, ce flow incroyable, cette manière de manier les mots comme des aiguilles enfoncées dans la peau qui font mal mais qui soulageront, un jour.

« Le reste de ses mots m’arrivent à travers la temporalité hachée, soudaine, de la mémoire, comme si mon corps ne pouvait les absorber que par éclairs, par bouffées violentes entre de longues gorgées de ténèbres. » 

Depuis gamine, elle sait, au plus profond d’elle-même, qu’elle est opposée à la peine de mort. Mais au cours de ses études de droit, elle est confrontée à Ricky Langley, pédophile patenté, tueur de petit garçon, et condamné à mort. Alors, comme un coup de poing fait exploser une vitre, ses croyances volent en éclat. Ne reste qu’un désir de vengeance, qu’elle veut comprendre pour continuer à vivre.

Commence alors son enquête sur la vie d’un homme devenu un monstre, et une plongée en parallèle et en apnée dans les tréfonds de son calvaire d’enfant abusée. Avec une dignité et une grâce incomparable, l’auteur jongle alors entre documentaire et autobiographie, valse lente des tortures, s’interrogeant sur la colère, l’héritage familial, le poids des non-dits, les secrets qui déchirent de l’intérieur.

En 471 pages vertigineuses, Alexandria Marzano-Lesnevich fait hurler le silence. Un cri qui résonnera encore longtemps en moi, comme un fantôme… Comme une ancienne blessure invisible qu’il faut masser du bout des doigts pour qu’elle arrête de brûler.

« Je refuse de faire sur la page ce qui a été fait dans la vie. »


Un mot sur l’auteur

©Greta Rybus

Alexandria Marzano-Lesnevich est la fille de deux avocats. À l’instar de ses parents, elle a fait des études de droit avant de s’en détourner pour des raisons qui nourrissent son oeuvre. L’Empreinte, salué par la critique, notamment par The Guardian. Ce premier récit littéraire lui vaut de remporter le prix du livre étranger JDD / France Inter 2019, le Chautauqua Prize ainsi que le Lambda Literary Award for Lesbian Memoir en 2018. Elle a également reçu un Rona Jaffe Award en 2010 (un prix qui récompense chaque année des autrices débutantes) ainsi que plusieurs bourses et résidences d’artistes. 

Passionnée par l’écriture et le journalisme, elle a contribué à des journaux prestigieux tels que The New York Times ou Oxford American. Alexandria Marzano-Lesnevich a collaboré avec d’autres autrices pour proposer une anthologie intitulée Waveform: Twenty-First-Century Essays by Women célébrant le rôle des femmes essayistes dans la littérature contemporaine.
Alexandria Marzano-Lesnevich vit à Portland dans le Maine et enseigne la littérature.


L’Empreinte, de Alexandria Marzano-Lesnevich
Editions Sonatine

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s