CHRONIQUE / Ma dévotion

Il y a des perles, comme ça, qui vous tombent dessus sans prévenir. Ce fût le cas pour celui-ci. En vrai, Ma dévotion de Julia Kerninon fait partie de la sélection du Prix littéraire @ellefr section « décembre » – sept livres obligatoires à lire en un mois, à peine l’un terminé que tu enchaînes direct avec le suivant pour être dans le timing, hop, hop, hop, en mode machine de guerre.

« Si je t’avais parlé à temps, Frank. Si je t’avais, une seule fois, dit quelque chose au lieu de simplement faire, toujours faire, toujours tout faire, si j’avais su utiliser les mots qui étaient pourtant, sous leur forme écrite, ma compétence la plus achevée, si j’avais su les dompter pour qu’ils portent ma voix, rien de tout cela ne serait arrivé, n’est ce pas ? C’est pour ça que je parle, maintenant, et que tu dois m’écouter ».

madevotionEt là… Boum. De battre mon coeur s’est arrêté, comme dirait l’autre.

Ce bouquin, je me le suis pris en plein visage, en plein coeur, en plein (petit) bidon et dans les tripes aussi. La finesse de l’écriture. La beauté de l’histoire, les mots qui saisissent jusqu’à la dernière page. La maitrise du temps et de l’espace, le mélange des références, littéraires, artistiques, géographiques. La fluidité du style, la douceur pour conter la douleur. Et en même temps, cette force incroyable dans la description des sentiments, des mensonges, des non-dits, cette lettre comme la longue confession d’une vie.

« J’étais devenue ta servante. Et comme toutes les servantes, j’ai fini par considérer que mon maître m’appartenait. » 

En lisant Ma dévotion, d’une certaine manière, j’ai repensé à Douce de @sylvia.rozelier, mais sans la même vengeance froide cachée entre les lignes. Ici, au crépuscule de son existence, une femme croise un homme dans les rues de Londres. Vingt-trois ans qu’ils ne se sont pas vus. Un homme qu’elle appelle « meilleur ami ». Qui fût son tout, sa vie, son souffle.

Commencent alors les aveux d’une femme qui sait sa vie derrière elle. Une fille, une femme, une vieille dame, qui raconte sans rien omettre. Sa pénitence pour une délivrance. Leur enfance, leur fuite, leur amitié, leur amour, les moments avec lui, sans lui, avec lui mais sans vraiment lui. Tout ce qu’ils ont vécu, tout ce qu’il n’a pas vu. Ce qu’elle a fait pour lui, ce qu’elle serait sans lui – ce qu’il serait sans elle. Des mots comme murmurés à l’oreille, sans colère, sans rage, des mots parfois effroyables mais posés avec la délicatesse due à la sagesse de l’âge.

Un roman à la fois terrible et beau. Terriblement beau. Vertigineux. Qui reste en tête et qui entête. Immense coup de coeur !

Ma dévotion, de Julia Kerninon
Editions Le Rouergue

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