CHRONIQUE / Réparer les vivants

Je ne sais plus si je vous l’ai déjà dit, mais parfois, j’aime bien #lire à contre-courant. Découvrir ce qui est déjà pour beaucoup un incontournable, un indispensable, un #quoitulaspasencorelu. J’attends que la vague passe. Parfois, je les garde dans ma bibliothèque, longtemps. Je les couve d’un regard, les cajole, touche leur couverture, doucement, puis les repose, j’attends qu’ils m’appellent vraiment.

Alors, quand le moment est venu, il faut oublier, oublier cette aura qui les entoure et les bruits du net et de couloirs et de rayons, et puis les recevoir #likeavirgin comme dirait une célèbre chanteuse à la carte vermeil. En ayant pourtant pleinement conscience d’avoir une pépite entre les mains, un trésor, une merveille à chérir, à dorloter, à dévorer. Et alors, la lecture est fébrile, le souffle court, et alors, la tempête se déchaîne, et alors je reste là, pantelante, sonnée, estomaquée par ce que je viens de lire, je m’envole dans un enthousiasme anachronique entouré de #jetelavaisditpourtant.

Réparer les vivantsN’empêche, parfois, on se prend des claques. Et celle-ci, même attendue, même connue et reconnue, m’a envoyé sur les roses et sur le tapis, esprit groggy, coeur bouleversé. Par l’histoire, évidemment, assurément. Mais aussi et surtout par l’incroyable poésie du récit, cette façon de jongler entre l’intime des émotions et la froideur des gestes médicaux, de valser entre les personnages, leur passé, leur présent, et puis cette façon de raconter leur nature, leur humanité, décrire les faits, faire la lumière, sur cette vie qui s’en va et cette autre qui continue grâce à elle, et sur la Mort, et sur le deuil, et sur le partage et la fragilité tenue de l’existence, et le monde qui continue de tourner pourtant, toujours, et puis cette particularité d’amorcer ses phrases en un souffle, puis de les continuer, encore et encore et encore, parfois sur plus d’une page ou deux, des phrases qu’on lit sans reprendre son souffle, tant l’émotion brûle, fascine, submerge. Indiscutablement dans mon top de l’année.

Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal
Editions Folio.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s