CHRONIQUE / Rubiel e(s)t moi

Alors, alors, alors. Pas facile de trouver les mots pour parler de celui-ci non plus. Les gouttes de sang qui tombent, flaque rouge intense sur le sol, la blessure est encore fraîche, il faudrait la panser, la soigner, éviter quelle ne s’aggrave, qu’elle ne s’infecte, mais je vais la laisser encore un peu, un tout petit peu, le temps de reprendre mes esprits, inspirer, respirer, inspirer encore, me remettre de cette écriture « singulière et schizophrène », une écriture d’une noirceur absolue, vibrante, féroce, crachant son désespoir et son venin et sa haine et sa révolte et sa poésie et son amour, une écriture que tu te prends un plein visage façon freefight, et ton coeur qui fait des bonds dans ta poitrine quand tu lis la détresse et le noir et la mort.

rubielestmoi« Je noircis la feuille, puis une autre et une autre et encore une autre, j’écris à ne plus sentir ma main, j’écris en longs jets brulants, avec mes larmes, avec ma haine, avec cet amour qu’on refuse que je donne, j’écris comme je fais l’amour, passionnément, maladroitement, avec fièvre, avec douleur, avec cette urgence au fond du ventre et la peur de ne jamais être à ma place, j’écris pour ne pas mourir, j’écris pour ne pas hurler en pleine nuit et réveiller le monde entier. Voilà, c’est ça, écrire ou mourir. »

Dans Rubiel e(s)t moi, il y a deux livres. Deux histoires qui s’entrechoquent, deux faces d’une même pièce, l’une réelle, l’autre inventée, et l’on est chahuté entre les deux, la vraie vie de l’un et la vie cauchemardée d’un autre. L’auteur, Vincent Lahouze, a été adopté dans un orphelinat colombien, à l’âge de quatre ans. Longtemps, il a erré dans sa propre vie, flirtant avec la Faucheuse et sa tentatrice en poudre blanche, hanté par l’homme que ce serait devenu ce petit garçon s’il était resté dans les rues de Medellín.

Si la partie romancée est plutôt réussie, façon Rémi sans famille au pays des narcos, je dois bien avouer que la partie autobiographique, salement belle, m’a particulièrement bouleversée, par tant d’intensité, de violence et d’intimité partagée. @vincent_lahouze maintenant, il va falloir en noircir d’autres des pages. Parce que j’ai hâte de lire le suivant.

Rubiel e(s)t moi, de Vincent Lahouze
Editions Michel Lafon.

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