CHRONIQUE / Si je sors je me perds

Quand on est gamin, on imagine que la vie n’a pas de fin. Que nos parents, « bah ils mouriront jamais » et que les papy-mamies seront toujours là pour rajouter un carré de chocolat sur notre tartine le mercredi après-midi. Que nous, on va grandir et que eux, ils ne changeront pas. Et puis un jour, la réalité nous rattrape, on voit les cheveux se parsemer de gris, la peau se rider, la vue se troubler, on voit les efforts pour marcher. Les sourires d’un bébé, et chaque génération qui remonte d’un cran, enfant, parent, grand-parent… Arrière-grand-parent.

Dans Si je sors je me perds, Jean-Claude Renard raconte sa grand-mère, mamie drôle et fantasque, toujours les deux pieds sur Terre mais la tête déjà un peu trop en l’air. Sans jamais la bousculer, sans même l’interroger. Il est là, il l’écoute, il retranscrit, les rêves, les souvenirs et les souvenirs rêvés aussi. Le passé, le vrai ou l’inventé, tout est mélangé et au fond, peu importe, l’idée est aussi, sans doute, simplement de profiter de cette possibilité de pouvoir encore l’écouter.

« Je la laisse dire, poursuivre, sinon elle s’interrompt, repart ailleurs ou reprend au début, même si elle n’a jamais un début ou un fin, mais reste au milieu ou au bord de tout, au bord de la vie maintenant. »

Et c’est comme si l’on était dans cette cuisine, avec ce drôle de duo, à prendre le thé, heureux de partager l’instant, de gouter aux petits gâteaux, et puis de sourire malgré le coeur qui se sert et les yeux qui disent tout. Même si l’on ressent l’urgence, même si certaines phrases reviennent, même si la mamie passe du sacrifice de Guy Moquet à l’absence de noms de cuisiniers sur les plaques de rues du pays entier. Avec des mots simples et une tendresse infinie, l’auteur dresse le portrait terriblement attachant d’une génération à la fois emplie d’espoir et meurtrie par les guerres, une génération de l’ancien temps, qui croyait que tout était possible mais jamais sans pertes et fracas. Une lecture facile, drôle et triste à la fois, agréable dans tous les cas.

Si je sors je me perds, de Jean-Claude Renard.
L’Iconoclaste

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