CHRONIQUE / Simple

Le livre commence par un enterrement – celui du héros. Antoine. L’idiot du village avec une case ou plus en moins, le baoul, comme on dit là-bas, en Corse. Personne ne le regrette. Personne ne le pleure.

« On ne dira pas ici comment il est mort. Ce qui l’a tué. On écoutera, dans les odeurs du maquis, de marjolaine sauvage, la voix d’un homme qui, pour certains ou le reste du monde, n’en était pas un tout à fait. »

simple_julieesteveAlors, doucement, on revient en arrière, on se glisse dans la tête et les pensées simples d’un homme qui l’était aussi, gamin paumé dans le corps d’un adulte, qui, toujours, s’est cogné au monde extérieur sans en comprendre le sens. Coupable idéal le jour où la mort s’est invitée dans les bois, laissant la plus belle fille du coin avec un bon gros trou dans le bide.

Quinze ans de prison plus tard, retour au village et tant pis pour les autres.

« Papa, il racontait à tout le monde que j’avais une flaque d’eau à la place du cerveau. Lui, il avait une mer de vin dans son ventre. Il me punissait parce que je parlais fort ou que j’étais dans ses pattes ou que je lui cachais la télé ou parce que je puais ou que je pleurais comme une gonzesse ou que j’étais laid comme une merde ou parce que je l’avais réveillé parce que je faisais le mariole ou que je gobais les mouches. Parce que j’étais là et que j’existais. »

Dans la narration, dans ce mélange de naïveté et de grandeur d’esprit, Simple m’a rappelé Ma Reine de Jean-Baptiste Andréa, dans le vocabulaire sans filtre, le phrasé, le style argot-familier-enfantin employé. La spontanéité d’un gosse, la tendresse et la tristesse aussi. Mais avec une bonne grosse dose de vitriol dessus, tu vois, le genre qui pique et qui brûle, une violence noire, sans concession, qui pointe du doigt, qui saigne à grosses gouttes et appuie encore pour bien ouvrir la plaie.

On en sort amoché, un peu, mais la lecture est rapide, addictive, et passionnante à la fois. Une étonnante découverte.

Simple, de Julie Estève.
Editions Stock.

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