CHRONIQUE / Tenir jusqu’à l’aube

Gamine, on grandit avec l’idée qu’être mère est la plus belle chose au monde. Donner la vie. Perpétuer l’espèce. Pensée universelle. Nécessaire, obligatoire. Les gens autour, les autres et puis la Société aussi, moralisatrice toute puissante, bien pensante. Etouffante. Ceux qui disent le contraire, sont jugés, montrés du doigt. Lapidés sur la place publique, exécutés en ligne, dénoncés sur les réseaux sociaux. Si l’enfant crie un peu trop. Ou pas assez. Ou pas assez bien, pour elle, pour lui, pour eux. Inconscience, égoïsme, indignité.

Tenir jusqu'à l'aubeTenir jusqu’à l’aube, c’est l’histoire d’une mère célibataire, freelance, paumée dans une ville inconnue, mais dans laquelle elle reste, pour être là si jamais l’homme souhaite un jour être un père. Lui à qui le monde et l’Histoire ont donné le droit à l’absence et l’indifférence. Elle, la maman solo, sans ressources, sans amis, sans aide, sans une minute pour s’occuper du reste. Chaque jour, elle lutte. Pas de bouée de sauvetage. Alors oui, son enfant, elle l’aime, c’est son univers, sa vie. Une extension de son propre corps. Mais un être toujours en demande, toujours en attente, de son amour, de sa présence. Elle l’aime, jusqu’à l’étouffement. Mais elle le quitte aussi, parfois. Le soir, quand il dort, elle s’enfuit. Il reste seul, dans cet appartement trop grand pour eux. Alors, pendant quelques minutes, elle respire. Elle vit pour elle et non pour lui.

Forcément, le discours n’est absolument pas consensuel, le regard triste et acide à la fois, et le fond pourra choquer, révolter – ou au contraire, apaiser. Parce que Tenir jusqu’à l’aube c’est l’histoire d’une lutte pour survivre à la nuit. Un désespoir lattant, une angoisse sourde, une sensation de noyade, d’enlisement, cette envie pourtant de rejoindre la lumière qui brille là-bas, au loin, quelque part, même si on ne la voit pas. Une chronique de société d’une grande finesse, extrêmement moderne, qui se lit d’une traite et laisse des traces dans le coeur et un peu partout ailleurs.

Tenir jusqu’à l’aube, de Carole Fives
Editions L’Arbalète Gallimard

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