CHRONIQUE / Un certain Paul Darrigrand

Ça y est, je suis gênée. Mal à l’aise, lèvre inférieure mordillée et boule dans le ventre façon menhir surdimensionné. Je fais quoi, moi, maintenant, avec ce fameux Paul Darrigrand ? Vous savez ce que les mots de Besson me provoquent habituellement (#groupie). Là, mon coeur balance entre frustration, colère et… Tendresse. #Incorrigible ? Peut-être. Je m’explique.

Etape 1 // La frustration

Dès les premières pages, on sent venir gros comme un immeuble de 12 étages le « Arrête avec tes mensonges bis le retour ». Nouvelle virée dans le passé de Besson, centré sur un certain Paul Darrigrand – homme canon mais homme marié. L’auteur raconte l’adultère, « l’infériorité en amour », les non-dits, les silences, les instants volés. Les mensonges. (Ah tiens.) A cela s’ajoute le volet sur la maladie, la vie qui frôle la mort – à moins que ce ne soit l’inverse. N’empêche, pour la seconde fois, Besson l’affirme : fini de se cacher derrière des personnages, désormais, c’est la vérité nue. Alors, régulièrement, il évoque ses autres romans.

Etape 2 // La colère

Que Besson joue avec sa réalité pour en raconter une autre, aucun problème, bien au contraire. En revanche, qu’il passe une partie de son nouveau livre à nous expliquer les anciens, leurs histoires, leurs personnages, ce qui est vrai, ce qui ne l’est pas, le tout avec un soupçon de ahahjevousaibieneu… Je ne cache pas une amère pointe d’agacement. Devoir se contenter de regarder en arrière quand on voudrait avancer (#jourdelamarmotte (les vrais savent))… Rêver de nouveauté et « avoir du «réchauffé » (copyright @cetaitpourlire). Argh.

Etape 3 // La tendresse.

Parce que Besson est un auteur hors pair, qu’il sait manier les mots avec intelligence et élégance, que la poésie est belle, que les phrases se transforment en images. Une preuve ?

« Nous avions les instants volés, les étreintes, nous avions le souvenir des étreintes, les paroles étouffées, la morsure de l’éloignement, nous avions la clandestinité, quelque chose qui n’appartenait qu’à nous deux, incommunicable au monde extérieur. Nous avions un sentiment. »

Alors, finalement, doucement, subtilement… Lâcher prise, malgré tout.


UN MOT SUR L’AUTEUR

Crédit photo:
©Maxime Reychman

Philippe Besson est un écrivain, scénariste et dramaturge. En l’absence des hommes, son premier roman, publié en 2001, est couronné par le Prix Emmanuel-Roblès. Depuis lors, il construit une œuvre au style à la fois sobre et raffiné. Il est l’auteur, entre autres, de Son frère, adapté au cinéma par Patrice Chéreau, L’Arrière-saison (Grand Prix RTL-Lire), Un garçon d’Italie et La Maison Atlantique. En 2017, il publie Arrête avec tes mensonges, vendu à plus de 120 000 exemplaires, couronné par le Prix des Maisons de la Presse et Un personnage de roman, portrait intime d’Emmanuel Macron, alors engagé dans la campagne présidentielle. Il revient à l’autofiction en 2019 avec Un certain Paul Darrigrand​. Ses romans sont traduits dans vingt langues. 

Un tango en bord de mer, sa première pièce en tant que dramaturge, a été jouée à Paris près de 200 fois en 2014 et 2015 au Théâtre du Petit Montparnasse.
Il a également multiplié les collaborations avec le milieu du cinéma et de la télévision, ayant notamment écrit le scénario de Mourir d’aimer (2009), interprété par Muriel Robin, de La Mauvaise rencontre (2010) avec Jeanne Moreau, du Raspoutine interprété par Gérard Depardieu, et de Nos retrouvailles (2012) avec Fanny Ardant et Charles Berling. Il a participé à l’écriture pour le cinéma du Procès d’Oscar Wilde, en salle en 2019.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s