CHRONIQUE / Dans le jardin de l’ogre de Leïla Slimani

Chanson Douce m’a bouleversé. Tu le sais, et je sais que tu le sais, parce que je te l’ai assez répété. Ce livre comme un électrochoc dans les côtes et dans le cerveau, dont il m’a fallu plusieurs mois pour me remettre – même si, j’en suis persuadée, on ne se remet jamais totalement de ce genre de traitement. (Preuve en est, j’en parle encore.) Cicatrices invisibles à l’oeil nu mais qui restent malgré le temps qui passe. Alors, même si je mourrais d’envie de me jeter « Dans le jardin de l’ogre », j’ai eu besoin de laisser l’étrange sensation se dissiper, autant que je le pouvais.

Aujourd’hui, je viens de terminer les 230 pages du premier roman de Leïla Slimani. Et la sensation est revenue. Légèrement différente. Tout aussi oppressante. « Dans le jardin de l’ogre » se lit d’une traite – trop puissant pour qu’on le quitte, trop violent pour qu’on l’arrête. Il se lit dans un souffle, répandant son poison dans nos veines, perturbant notre esprit.

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« Dans le jardin de l’ogre », c’est le revers de la vie « parfaite » d’une femme « parfaite ». Une plongée sans filtre dans l’esprit malade d’une nymphomane, pour qui le sexe est comme une drogue, une addiction, une dépendance, chaque rapport brutal comme un fix libérateur – jusqu’à ce besoin viscéral de la prochaine prise. La température monte et l’atmosphère se glace. Jamais, l’espoir n’est permis. Le vide et la mort rôdent entre les lignes. Chaque mot brûle comme un tisonnier. Chaque phrase nous enfonce dans un puits sans fond.

« L’amour, ce n’est que de la patience. Une patience dévote, forcenée tyrannique. »

Certes, le sujet me touche moins en plein coeur que celui de Chanson Douce. N’empêche, Leïla Slimani n’a pas son pareil pour jouer avec nos sensations, nos ressentis, nos peurs dissimulées, elle les attrape, les secoue, les écrase, comme un bébé le ferait avec un hochet et une douceur de forcené.

Nous laissant à la fin, seul, comme ce jouet dont l’enfant a fini par se désintéresser. Comme orphelin, sans guide dans un brouillard sans fin.

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