PORTRAIT / Les photos So Wild de Sophie Fontaine

On ne sait pas ce qui émeut le plus en regardant les photos de Sophie Fontaine. Le grain de l’image, la beauté du modèle, l’atmosphère du lieu, la douceur du propos… De celles que l’on contemple, comme des tableaux, en silence, comme une fenêtre sur un passé oublié,  sur un monde surnaturel peuplé d’apparitions fantomatiques, où les visages sont cachés, les yeux fermés, les bras ballants, les corps flous.

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Des clichés devant lesquels on chuchote, submergé de souvenirs, instants volés de moments passés, hors temps, hors espace. Des images qui racontent une histoire, qui s’est peut-être déroulée quelque part il y a quelque temps. Ces odeurs de forêt, de nature… Cette tristesse, cette angoisse et cette mélancolie parfois. Cette nostalgie, souvent. Car Sophie Fontaine aimer jouer avec les ombres et la lumière, les effets et les reflets, faire parler les vieilles pierres et ressusciter les maisons en friche. Cacher les visages pour mieux faire parler les corps. Pour un résultat aussi pur et doux, qu’intriguant et inspirant.

Derrière ces clichés se cache un joli brin de fille qui écoute du métal et adore les films d’horreur, pas nostalgique pour un sou – si ce n’est pour l’esthétique des années 30-40, amoureuse de la nature mais bien ancrée dans la ville et son époque… Alors l’interview tourne rapidement à la discussion, tant la demoiselle est souriante, attachante, solaire.  

« Je trouve souvent le décor avant de trouver ce que je vais y faire. Je repère un endroit qui me plaît pour l’atmosphère, la lumière, le rendu… J’observe beaucoup, tout le temps. J’aime les lieux abandonnés, le silence. Je vois chaque chose comme étant potentiellement photogénique… » C’est pour cette raison, sans doute, que Sophie Fontaine a toujours au moins un appareil photo glissé dans son sac à main – un petit Minolta ce jour-là. Pourtant, la photo est venue sur le tard pour cette illustratrice de formation.

« Je viens du milieu du dessin, d’où le fait, peut-être, que j’aime composer mes photos comme des tableaux. Mais je me sentais limité techniquement. Aujourd’hui, j’aime prendre en photo ce que je ne saurais pas dessiner. Ce sont deux univers qui se répondent et se nourrissent l’un l’autre. Car à force d’observer le monde pour mes photos, cela a redonné de la justesse à mon trait… » On ne s’étonnera pas d’apprendre que Sophie dessinait déjà des petits personnages avec des grands cheveux et des visages cachés… A contre-courant, évidemment d’une société de surconsommation submergée par le « tout montrer ». 

« Notre regard est habitué à des lectures assez simples… Toutes les émotions passent par le regard. Pourtant, il y a tellement de choses à raconter à travers une épaule, une main, une nuque inclinée, un corps alangui… Le fait de masquer le visage oblige le public à s’interroger. » Alors, Sophie met en avant les mains, tord les corps, cache les visages ou ferme les yeux. Travailler la posture de ses modèles pour cultiver un côté un peu dissonant, un peu intriguant… Une certaine pudeur également. « J’ai des modèles chouchous, mes têtes masquées que j’aime beaucoup, mes silhouettes – souvent des artistes qui sont devenues des amies,  et qui ne souhaitent pas forcément être reconnues. Et mon fils, aussi. »

Parfois, les choix de vies tiennent à peu de choses. Parce que finalement, Sophie Fontaine ne fait de la photo que depuis… Six ans. Suite à une petite déconvenue artistique. Elle a ressorti ses vieux appareils, s’est amusé de ce qu’elle pouvait en tirer. La magie d’internet a fait le reste. « Au départ, c’était vraiment… sans enjeu. De la curiosité. J’avais besoin de passer à autre chose. J’ai posté une photo sur le net, j’ai constaté avec surprise un certain engouement du public… Ca a été une vraie bouffée d’énergie et c’est ce qui m’a donné envie de continuer, sans quoi je pense que j’aurai cherché un autre moyen d’expression. »

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D’autant que, hormis les rudiments du développement photo survolés au lycée, la belle est autodidacte. C’en est presque agaçant de talent… Avec ce quelque chose qui se cache dans chacun de ses clichés. Peut-être un petit supplément d’âme, comme dirait l’autre. « Un professionnel s’amuserait des imperfections de mes photos » dit-elle en souriant, « mais j’essaye de faire abstraction de cet aspect technique que je trouve un peu rébarbatif, je préfère laisser de la place au regard, à ce que j’ai envie de raconter. J’aime ce grain donné par les vieux appareils, ces petites salissures, ces cheveux d’ange, cet aspect un peu brut. Quand j’ai commencé la photo, j’ai pris un numérique, comme tout le monde. Et je me suis surprise à salir mes photos pour retrouver cet esthétisme des années 30-40 ! »

C’est donc en tout logique que Sophie s’est tourné vers les anciens appareils, du pur old school chiné en brocante ou dans les greniers. « J’ai un vieux Nikon qui vient de mon père, aussi un Zénith, des Polaroïd… Mais je suis persuadée que n’importe quel appareil peut faire des choses super. Par exemple j’adore travailler avec des vieux jetables ! On est attaché à ces objets parce qu’ils sont chargés de souvenirs, mais ils ont plus une valeur sentimentale qu’une valeur technique. J’ai aussi un vieil appareil en plastoc, un truc offert en cadeau avec un parfum je crois, qui fait des photos super ! »

Evidemment, difficile de renier la révolution du numérique, qui permet à la fois de mitrailler et d’obtenir le grain parfait, ni les logiciels actuels qui offrent la possibilité de retouches parfaites. Mais, la perfection lisse « et froide » est loin d’être le but recherché par la photographe… « Avant, je mettais un point d’honneur à ne pas retravailler mes photos. Aujourd’hui, un peu plus parce que je me dis qu’il existe des outils pour les sublimer, et je les utilise vraiment dans ce sens, pour un petit recadrage ou rebooster des couleurs… Remodeler les personnes, ça ne m’intéresse pas. Et puis je ne sais pas faire de toute façon ! » Il y a, dans le travail de Sophie Fontaine, toujours l’idée de rester le plus authentique possible. A son image, finalement…  

Car à une époque où notre société trop pressée veut tout, tout de suite, Sophie Fontaine aime prendre son temps. Observer. Patienter. Attendre le bon moment, la bonne lumière. Parce que l’argentique force à plus de précision, plus de concentration. « Il y a forcément quelque chose de très aléatoire avec ces vieux appareils. On n’est jamais sûr de ce que l’on va obtenir. C’est aussi ce que j’apprécie dans l’argentique, finalement, ne pas avoir le résultat sous les yeux. Avec parfois des petits moments de grâce – et parfois de vraies catastrophes ! »

Dans tous les cas, il lui faut toujours un peu de temps pour apprivoiser ses clichés. Ils restent bien souvent quelques semaines de côté, en attendant que la belle ait suffisamment de recul pour détacher la photo de son shooting et de tous les souvenirs qui y sont associés. Pour que l’image vive par et pour elle-même. 

« La plupart du temps, tout est très spontané. Comme je l’ai dit, tout part du lieu, puis je choisis le modèle. On va penser la séance en amont autour de la tenue, rétro ou moderne, douce ou rock’n’roll… J’aime qu’il y ait une alchimie entre les éléments du décor, la personne et l’envie que j’ai à ce moment-là ; parfois des choses sombres, parfois plus légères. Il y a toujours une pointe d’humanité, dans mes photos – au final il y a toujours un petit personnage dans l’image, même perdu soit-il dans la scène. J’aime aussi beaucoup travailler sur la personne qui se fond dans le décor… Et la nature, bien sûr, omniprésente. »

Si bien que lorsque Sophie Fontaine s’en va tâter du côté de l’urbain avec une séance sur l’ancien site d’Alstom, elle choisit une robe à fleurs pour son modèle, aussi romantique qu’anachronique, histoire d’accentuer un peu plus le contraste. Les éléments se mêlent, la nature, le soleil, la terre, les corps, les âmes. Avec toujours cette idée de temps suspendu… « Comme si Alice était tombée du terrier du lapin, et atterrissait du côté d’Alstom et ses grands murs blancs. Maintenant, je ne viens pas avec un message, je n’aime pas trop donner de titres à mes photos. Finalement, rien ne me fait plus plaisir que lorsque les gens me disent ‘cela me rappelle la maison de ma grand-mère, quelque chose quand j’étais petite’… J’aime que ce soit une sorte de madeleine de Proust aussi. » 

Plus d’infos : Sophie Fontaine

Article publié en mars 2016 sur le site http://www.mylorraine.fr

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