PORTRAIT / Nicolas Gazin, un photographe en équilibre

​​La loi du balancier. Les contraires, les opposés. Le juste équilibre… L’adrénaline et l’apaisement. Les instants volés et les mises en scènes élaborées. New York et Mère Nature, effervescence et silence, couleur et noir et blanc. Depuis toujours, le travail de Nicolas Gazin oscille entre deux mondes, deux extrêmes, deux univers qui s’opposent et se complètent. Dans sa première vie, il bosse dans la finance et comme un acharné. Il est père de famille. Passionné. Dans la seconde, il capture le temps. Tantôt photographe de la vie, explorateur urbain, arpentant les rues à la recherche du moment. Tantôt metteur en scène, créateur d’instants, se focalisant sur les portraits, les émotions, les illusions et les désillusions. Raconteur d’histoire… Avec là aussi, une passion sans limite. 

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« Je suis né dans une famille de photographes, tous amateurs mais passionnés. Il y avait des appareils partout quand on se réunissait en famille… Mon grand-père avait l’habitude de nous organiser une séance portrait, quand on venait chez lui en vacances. On se faisait beaux, bien peignés… Il nous installait, on posait et il nous prenait en photo. » Forcément, l’idée de s’essayer à la chose a fini par le démanger. Pas pour en faire sa profession, mais en bulle d’oxygène, en espace de création, manière de se déconnecter d’un quotidien stressant à 3000% .

« Dans les années 70-80, mon père et mes oncles voyageaient pas mal – c’était plus rare que maintenant… Ils ramenaient des photos qui me fascinaient. Surtout quand il y avait des personnages, en scène involontaire. C’est sans doute de là que me vient mon goût pour les portraits et les scènes de rue… » Le virus du voyage aussi s’est transmis. Trois, quatre fois par an il part découvrir le monde, les cultures, la vie. Parfois le calme et le silence, parfois l’effervescence.

L’occasion, aussi, évidemment, d’assouvir son addiction à l’image. Il y a ces silhouettes qui courent sur les pavés d’une ruelle, ces gratte-ciels à perte de vue, ces enfants bouche pleine de noodles sur une terrasse au Japon, cette gymnaste qui semble s’envoler dans le ciel de Copenhague, ces rues, ces affiches, ces bâtiments. Détails urbains, scènes de vie, isolés, immortalisés. Avec un souci indéniable de l’esthétique, un soin tout particulier apporté à la lumière, au cadrage, à la saturation des couleurs. « Ma ville de prédilection ? New York. J’ai dû y aller cinq fois je crois. L’atmosphère, l’énergie, les gens…  Je pense que je pourrais y photographier des jours entiers sans manquer d’inspiration. » 

« L’idée de cette série est que notre cerveau est divisé en deux hémisphères – un, plutôt rationnel, qui traite le calcul et ce genre de choses, et un autre qui gère la créativité. Or, des études ont montré que ces hémisphères influencent le visage et le corps de façon croisée. Ainsi l’hémisphère cerveau droit (émotionnel) influence le visage partie gauche et vice-versa. Alors j’ai pris cette demi-face gauche, et j’ai fait la symétrie. J’ai vu apparaître un visage, doux, l’œil ouvert et détendu… Le visage émotionnel. J’ai fait la même chose avec l’autre côté, le côté rationnel. Et ça m’a interpellé, car mon visage rationnel était si froid et dur, et l’autre était complètement perdu. J’étais bluffé par la différence… Reflet de ces deux côtés que j’ai en moi. » 

 

L’homme, exigeant, s’interroge, se pose des questions, se remet en question, sans cesse. Regarde les choses avec bienveillance, avec douceur. « J’ai travaillé à fond sur cette série pendant deux ans. Quand j’ai eu l’idée de ces doubles visages, je n’en ai pas dormi de la nuit. Si j’avais pu je me serais levé pour commencer les photos tout de suite ! Le point culminant, c’était le premier shooting… Un peu comme une libération. Après, il y a la partie laborieuse, que j’aime beaucoup moins, celle des retouches, avec toujours cette impression de ne pas avoir tiré toute la quintessence de la photo… J’ai tout un tas de clichés très beaux avec lesquels je n’ai pas cette impression d’aboutissement, et qui dorment en attendant que je revienne un jour dessus. Mais c’est plutôt rare au final… J’ai besoin d’aller vers l’avant. » 

A bien y regarder, il est souvent question de voyage dans les photos de Nicolas Gazin… Voyage dans l’espace, le temps, l’humain.

Des photos que l’on a parfois du mal à dater, semblant venir d’un autre temps. Des visages, des figures. Avec toujours ce petit quelque chose en plus, un peu rock’n’roll, qui donne à la photo tout son sens. Et dont parfois le message s’intensifie en découvre l’intégralité de la série.

« True Princess… C’est une série sur les illusions, les rêves d’enfance qui se confrontent à l’âge adulte. Au début, on est dans l’imaginaire, cette fille en robe de princesse, dans un château, avec des bulles de savon… Et plus on avance, plus cet imaginaire se heurte à la réalité. Il suffit de regarder les réseaux sociaux pour comprendre combien chacun veut se transposer dans une image idéalisée de soi – l’amour parfait, la réussite, la notoriété, le bonheur, une vie de luxe et de plaisir… Jusqu’à ce moment où les émotions négatives éclipsent le rêve – d’où l’apparition d’éléments du quotidien, d’émotions qui ne collent plus avec cette image de la princesse… Puis le passage au noir et blanc. J’ai compris que cette série c’était un peu moi finalement…  Petit, j’avais des attentes probablement irréalistes par rapport à la vie. J’ai essayé de m’accrocher à ces rêves très longtemps, j’ai pu en réaliser beaucoup, mais j’ai aussi dû apprendre que tout ne pouvait pas être toujours parfait… » 

 

L’homme ne se dit pas désabusé pour autant – mais observant seulement le monde avec un certain réalisme. « Je ne sais pas exactement où va la série, mais elle continuera tant que je serai inspiré. Je suis plutôt quelqu’un d’optimiste, donc quelque part c’est salvateur d’aller explorer cette part sombre… Mais je ne veux pas qu’elle donne une vision pessimiste de la vie. Elle parle avant tout du fait qu’il faut savoir abandonner ses illusions tout en gardant une part d’envie, d’idéal et de motivation pour ne pas basculer. » Trouver le juste équilibre entre les choses… On y revient.

On parle ensuite de ses portraits d’amis ou d’anonymes, de ses collaborations avec des créateurs, comme Les Corsets de Lola ou Nariaela – l’occasion de nouvelles rencontres, de confrontations d’univers, de mise en danger d’une certaine façon. Sourire lorsqu’il raconte qu’il a dû lui-même s’acheter une robe de princesse pour commencer sa série.

« Réaliser une photo maintenant, dans un endroit magnifique, avec toute une petite équipe, une coiffeuse, un modèle, une maquilleuse et d’autres personnes pour aider, plus tout le matériel, appareil, flashs, trépieds, parapluies et tout… C’est très loin de mes photos du début, où je me mettais dans le coin d’une petite rue pour attraper au vol un moment de vie… Mais je pense qu’un jour, je reviendrai un peu vers mes origines photographiques, car le côté spontané, la capture de l’instant me manque un peu… »

Encore la loi du balancier, le juste milieu, l’équilibre parfait, la corde tendue entre les deux extrêmes d’une même vie où s’en côtoie finalement plusieurs. Pour laisser la créativité s’exprimer en toute liberté…

Plus d’infos : Nicolas Gazin 

Article publié  en janvier 2017 sur le site http://www.mylorraine.fr

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