PORTRAIT / NTG, artiste le plus WTF de l’année

Naked Tattoo Guy. Pas la peine de parler anglais comme Shakespeare pour comprendre le pseudo du personnage… D’ailleurs, on ne vous cache pas qu’à la préparation du sujet, la recherche sur Internet s’est parfois avérée (assez) intéressante. Mais cet homme « nu et tatoué » là n’a finalement pas grand chose à voir avec les images proposées par le Dieu Google. Parce que Naked Tattoo Guy – NTG pour les intimes – est un personnage hors nome, inclassable, inqualifiable, défiant les lois de l’art comme celles de l’esthétique…

Photo-profil

L’histoire d’un grand gamin passionné de musique et de modifications corporelles, qui a choisi de faire plaisir aux autres en se faisant déjà plaisir à lui-même. Un « projet musical fait de façon très sérieuse mais sans se prendre au sérieux. » Qui mêle à la fois l’image et le son, le corps et la matière, les ondes et les expérimentations, la décence et l’impertinence, le maquillage à paillettes et les tatouages de biker. Une guitare à trois manches, une harpe laser façon Jean-Michel Jarre et une scie musicale. Un ensemble d’une absurdité complète et assumée – et complètement assumée – formant un premier album sorti en octobre dernier. Un disque qui ne suit aucune règle, bouscule les normes, se glose des tabous et des conventions, accompagné de vidéos assurément loufoques… Et qui se jouent de la bienséance avec un sourire affiché, assumé et hautement contagieux. 

L’homme derrière le personnage est drôle, cultivé, intelligent. A la fois complètement barré et particulièrement arrachant. Petit, il voulait fabriquer des bonbons ou laver les panneaux de signalisation. Adolescent, il se colle une guitare dans les mains pour séduire la gente féminine… Si l’objectif premier n’est pas atteint, l’essai a le mérite de lui faire découvrir sa passion pour la musique, et tout ce qui l’entoure. « Pour un groupe de hard rock, tu imagines forcément des musicals chevelus avec des tattoos et des pics partout. L’idée me plaisait. L’image associée au son. Depuis 20 ans je dis que le plus important dans la musique, c’est l’image. Finalement, avant même l’univers de la musique, c’était celui des modifications corporelles qui me fascinait. » 

Il évoque Lukas Zpira, confie avoir rêver de faire son job. « Le problème, c’est que je ne sais pas dessiner, je me suis arrêter à la maison carrée avec la cheminée rectangulaire. Du coup, évidemment, pour un body artist, c’est un peu gênant. Alors, « malheureusement », j’ai fait carrière dans la musique. Ca énerve tout le monde quand je dis ça ! » Il suit les cours d’une « école de musique de référence », puis passe le reste de sa vie à briser les codes pour sortir de ce formatage obligatoire.

Parce que la technique, NTG, il s’en moque comme de son premier poil de barbe.

Il détourne les instruments, joue deux notes en boucle, mélange du métal allemand à des sons sortis tout droit d’un anime japonais rose-bonbon, des cris, des onomatopées, des bouts de vois modifiées. « Tous les instruments que l’on entend sur l’album, c’est moi tout seul, de l’accordéon à la flute traversière, même ceux que je ne maîtrise pas du tout – par exemple quand je suis devant un clavier, c’est comme Gilbert Montagné avec les doigts amputés. Mais je peux sortir deux sons, et ça me suffit ! ».

Il parle alors d’AlphaSphere et de thérémine, « un objet mythique, le premier instrument électronique de la planète, inventé au début des années 1900. Tu joues seulement avec les ondes ! Pour produire un son, tu bouges simplement les mains au-dessus. C’est super dur à jouer ! » Et c’est aussi visuellement impressionnant et complètement étonnant. En d’autres termes parfait pour NTG… Parce qu’il adore sortir du rang. Expérimenter, jouer, essayer des choses et (se) faire plaisir. Comme un gamin de cinq ans sous un sapin de Noël.

Le projet a commencé comme une blague, il y a deux ans. C’était l’été, il avait retiré ses vêtements parce qu’il faisait chaud, et s’était filmé pour tester son logiciel de montage. « A la base, c’était juste pour m’entraîner à monter. Et puis je me suis dit, c’est complètement stupide, mais ça marche ! » L’idée a fait son chemin, et deux ans plus tard, le concept est toujours là, plus barré que jamais. Aussi parce qu’il a choisi de continuer d’en faire une vraie passion et non pas seulement un job. Une passion sur laquelle il bosse, et à prendre, comme le reste de son univers d’ailleurs, au quatrième voire au quarante-deuxième degré. 

Evidemment, difficile de croire le bonhomme quand il confie avoir été timide… Mais ça, c’était avant. Avant que les trois-quarts de son corps soient recouverts d’encre, comme une seconde peau. Pourtant, avoir des tattoos partout n’était pas forcément son idée à la base. Le petit Chris a craqué pour sa première tête de mort à l’âge de seize ans, sur l’épaule droite, à une convention Harley Davidson. « Un des rares que je n’ai pas recouvert. Il y en a certains que je ne referais pas, c’est sûr, parce que les goûts changent, mais au final, j’aime les souvenirs qui y sont associés. C’est un patchwork de ma vie. »

 

Aujourd’hui, il est accro au tatouage et parle de se faire retirer le nombril « pour devenir un clone », ou de succomber à la mode du « baggelhead » qui fait fureur au Japon. « Pourquoi je fais ça ? Parce que ça me fait marrer ! Dans les années 90, les modifications corporelles c’était hyper underground. Aujourd’hui c’est devenu mainstream, mais ça ne me dérange pas, au contraire, j’aime que les gens tentent des choses. Le truc ce n’est pas de se dire, c’était mieux avant, mais plutôt, « bon, je fais quoi maintenant ? » »NTG, c’est le genre de personne solaire au possible, qui vous file le sourire en dix minutes et la pêche pour le reste de la journée.  

Car finalement, Naked Tattoo Guy, c’est une version extrême de lui-même. « J’aime l’idée qu’on ne comprenne pas. Qu’on n’arrive pas à déterminer si ce que je fais est bien, ou si c’est vraiment de la merde. Ca fait vraiment parti du personnage… Un mec barbu, tatoué, maquillé, qui fait de la musique bizarre. J’adore cette ambiguïté ! Je ne veux pas que ça devienne un travail, une contrainte. Je n’essaye pas de faire de l’argent, je fais ça tout seul chez moi pour me faire rire. Et si ça en fait rire d’autres, tant mieux, j’en suis le premier surpris. » Et ça fonctionne plutôt bien, jusqu’en Thaïlande et aux Etats-Unis. Si bien qu’une université Californie l’a couronné « artiste le plus WTF de l’année », qu’une radio californienne le passe en boucle toute la journée, que les organisateurs d’un festival de film à Amsterdam ont choisi une de ses chansons en thème principal ou qu’un célèbre ladyboy en a fait la promo sur les réseaux sociaux. 

NTG cultive le mythe en créant tout un univers autour de son curieux personnage. De la déco aux goodies en passant par des poils de barbe et du vin NTG… Et même un tattoo gratuit pour ceux qui veulent rejoindre le club à vie. « Tout ça, c’est juste pour être drôle. Evidemment, j’ai conscience que le concept puisse être perturbant – la nudité, les tattoos, les transgressions… Mais je ne force personne, ce sont les gens qui choisissent de me regarder ou de m’écouter. Au final c’est comme une performance. J’assume parfaitement ce que je fais, parce que je ne fais rien de vulgaire, c’est ma seule règle. Provocant, oui. Vulgaire, non. Ca va te faire rire, mais pour moi je fais de la musique grand public. »

Un bordel musical comme vous n’en avez jamais entendu – jamais sur cette planète, en tout cas – et qui pourrait bien devenir un show live dans le futur, histoire de rajouter une couche de théâtralité à la chose – s’il en fallait encore. En tout cas, pour le moment, NTG travaille déjà sur un second album. « J’adore quand les gens se disent, non il ne va pas oser ! Oh bah si. Le petit coquin ». Le surnom lui va bien.

Plus d’infos : Naked Tattoo Guy 


Article publié en juillet 2016 sur le site http://www.mylorraine.fr.

 

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