PORTRAIT / Peggy Dihé, les mille visages des femmes

Elle est charmante, solaire, le sourire jusqu’aux oreilles et de l’or au bout des doigts. Elle, c’est Peggy Dihé, PEG pour les intimes, « artiste plasticienne », mais aussi maman, épouse, maîtresse de maison, peintre, graphiste, illustratrice, dessinatrice, créatrice, décoratrice. Qui mélange les traits, les émotions, les couleurs, les messages, le classique et le street-art, la peinture et le spray, Catwoman, la Vierge Marie et Pikachu, les symboles, les images, les stylos et les pochoirs. Qui joue sur les matières, les textures, les superpositions et l’accumulation.

Une multitude de casquettes qu’elle se plaît à porter à sa guise, et qui font d’elle une femme entière. Rencontre avec une artiste pleine de talent qui a gardé son âme d’enfant, et pour qui l’art doit sérieusement rester, avant toute autre chose, un jeu.

« Conserver ce regard un peu pétillant sur les choses, je crois que c’est le plus important. Je rencontre de plus en plus d’artistes qui trouvent que l’art c’est sérieux, et j’ai beaucoup de mal avec ça. On est des êtres humains qui n’ont pas grandi pour moi… Notre boulot, c’est quand même de peinturlurer et de faire du gribouillage ! Bon, on théorise parce qu’on est des êtres conscients, mais finalement ça ne va pas plus loin… » 

L’art, Peggy a ça dans le sang depuis sa naissance. Très tôt, elle dessine, peint. Choisit de suivre des études d’Arts Plastiques, n’y trouve pas sa place. Un peu de Beaux Arts à Lyon puis la Fac à Metz. Se tourne finalement vers la psychanalyse de l’art. Elle se cherche, fait des détours. Devient responsable d’une galerie. Prof. Puis quitte sa Moselle natale pour la Charente, fait des interventions dans les écoles, les festivals.​

« J’ai ce besoin de me remettre en question, perpétuellement. Mais un peu comme tout le monde, non ? » Elle continue de peindre en parallèle, mais prend conscience de ses envies réelles : s’y consacrer pleinement. Un besoin de liberté, de tout tenter, d’essayer encore et toujours. Retour en Lorraine, deux enfants dans les bagages et une folle envie de créer. Avec d’un côté, son job, de l’autre, ses bulles d’air. « Tout est art pour moi. La peinture évidemment, mais aussi l’illustration, la BD, les loisirs créatifs, les bijoux… Quand je suis sur mes tableaux, je bosse. Quand je suis sur le reste… Je m’amuse. »

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Désormais, elle expose ses toiles à la Galerie De Jaeger, au Luxembourg, et travaille en collaboration avec un agent et une directrice artistique. « Je crois que l’essence même de mon travail, c’est de rendre une pensée, une émotion, vivante. C’est pour cela que je multiplie les couches, que je mélange les genres, les techniques. Je ne m’interdis rien. Je mets de l’illustration dans ma peinture, je m’inspire d’une photo que je me réapproprie… Je glisse des personnages récurrents. Aussi parce que je travaille sur mes obsessions, finalement. »

Ses tableaux parlent des femmes, de LA femme, d’elle aussi, assurément. De son point de vue sur le monde et l’évolution des mœurs féminines. Sous différents angles, plus général auparavant, plus personnel à présent. « Ces toiles agissent comme un miroir… Quand je me suis émancipée, je me suis rendue compte que certaines choses qui me paraissaient logique ne l’étaient pas pour d’autres. Comme l’avortement, par exemple. J’avais envie de donner le point de vue de la femme en espérant qu’un jour le message passe. Et comme je ne sais pas écrire, je dessine ! Parfois je mets des mots, des onomatopées. Et je superpose sans cesse, les images, les dentelles… C’est un peu comme avec les enfants, pour que ça rentre, il faut le répéter, encore et encore ! J’aime qu’il y ait plusieurs sens de lecture, pousser à réfléchir, ouvrir un dialogue. » On parle alors de femmes, des femmes, de féminisme. Un genre qu’elle trouve au final, cloisonné. Et les carcans, Peggy Dihé, elle n’aime pas vraiment ça.

« Ce n’est pas un gros mot « féministe » mais je ne me considère pas comme telle. Je suis plus pour l’égalité et les libertés… »

Elle explique qu’une maladie de femme dirige sa vie depuis maintenant vingt ans. « J’ai toujours travaillé par série, un peu comme pour une dissert’, thèse-anti-thèse-synthèse. En ce moment, je fais de l’introspection, et mes tableaux actuels parlent de cette maladie. Mais je pense que ce que je fais est gai, car à chaque fois je parle d’espoir, d’amour, de rêve. Evidemment, je parle beaucoup de mort aussi, mais mes crânes sont colorés, sympas… Il est rare qu’il y ait une toile où le message est noir. Quand j’en fais une je repasse dessus. Je reste persuadé que l’art permet de se trouver, d’avancer et de vivre mieux. »

Sur cinquante toiles peintes, elle n’en conservera qu’une dizaine, au mieux. Les autres, elles les recouvrira, plus tard. Parce qu’elles n’expriment qu’une émotion a un moment précis, sans réelle réflexion, juste ce besoin instinctif de peindre, de dessiner. Toujours l’idée de la superposition de couches… Et ce besoin de théoriser ce qu’elle fait, de prendre du recul. De voire l’image se construire au fur et à mesure dans sa tête puis sur la toile. Chaque symbole a une signification, chaque chose à sa raison d’être, et d’être à cet endroit. « Je suis persuadée que par le trait, on donne beaucoup plus d’émotions que par le biais de la couleur. La couleur reste un accessoire qui permet de composer ma toile pour qu’elle soit équilibrée. Mais chaque trait est différent, tout est en rondeur si je parle de douceur, plus agressif si le sujet est dur. Au final, mon travail de peintre, c’est le message et la composition. Le message, c’est mon dessin, et le trait, ma composition. »

Superposition, accumulation, récurrence. Mais certainement pas par facilité. Une certaine cohérence dans son travail, évidemment, mais des automatismes, jamais. Et puis, la dentelle, dont chaque trait est fait entièrement à la main, comme une madeleine de Proust, une couverture douce qui protégerait un nouveau-né.

« J’aime jouer avec les effets, les matières, j’aime la répétition. Mais pas pour la recherche de la perfection, pas du tout, je suis trop bordélique ! Ce que je recherche ? Je te dirais quand je l’aurais trouvé… Quand j’aurais la réponse à cette question, je serais un artiste mature. Est-ce que ça arrivera un jour ? Oh sincèrement je l’espère ! » 

Pour le moment, elle jongle entre ses différentes casquettes, veut montrer à ses enfants que l’on peut réaliser ses rêves et ses passions. « En s’en donnant les moyens, en bossant dur, mais leur prouver que c’est possible. » Comme elle regrette que certains genres soient mésestimés, elle continue de créer à côté. Elle suit ses envies, ses besoins, ses obsessions. Alors, une fois par an, elle crée des collections pour le Boucl’Art à Nancy, accepte un travail d’illustration. « Pourquoi certaines activités seraient moins importantes que d’autres ? Un peu de culture, ça ne fait de mal à personne ! Si je peux permettre à des enfants d’avoir envie de lire, ou de faire un dessin et d’y prendre plaisir… J’ai fait mon job. » Et on ne la remerciera jamais assez pour ça.

Plus d’infos : PEG

Article publié en août 2016 sur le site http://www.mylorraine.fr.

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